Essaouira
Cité des Fêtes Religieuses & Festivals de Musique
Essaouira, l’antique Mogador, n’est pas seulement le centre mondialement connu de l’arganier et de l’huile d’argan ; c’est aussi au Maroc le lieu réputé de fêtes religieuses étonnantes et de festivals de musiques traditionnelle.
Il est 6 h. C’est l’aube. La ville blanche et bleue s’éveille à l’appel du muezzin pour la prière du matin.
Premiers bruits de la vieille cité qui s’anime et revit. Cris et appels des marchands. Des venelles étroites monte un léger brouhaha qui enfle au fur et à mesure de la matinée.
Le taros, vent côtier, s’est levé, bruît et agite les palmes séculaires.
En contrebas des vieilles murailles fortifiées, sur la côte, viennent mourir les grands rouleaux de l’Atlantique. Flux et reflux de l’océan comme une grande pulsation de la nature. Echo des vagues brisant sur les plages de sable fin. Au port reviennent les bateaux de pêche chargés de sardines à couler bas. Rires des mouettes, cris rauques des goélands, sérénade des moineaux au dessus de la Médina saluant le jour qui naît. La musique est déjà là. Essaouira chante !
Le souk s’anime. Dans une sombre échoppe, un feu s’anime, crépite et rougeoie sous l’action d’un énorme soufflet. Là, on fabrique des crotales. Les crotales sont bien des serpents comme ceux que l’on peut voir onduler sous le charme des flûtes sur les vieux marchés. Les crotales sont plus connus sous le nom de serpents à sonnette. Ils sont très venimeux et, en cas de danger, agitent des sortes de cônes creux, emboîtés au bout de leur queue, faisant comme un bruit de crécelle.
Ces cônes creux au bout de leur queue s’appellent les crotales.
L’ancien culte de Cybèle
Peu de gens connaissent le sens originel du mot « crotale ». Les crotales sont des sortes de cliquettes, ou castagnettes métalliques, que l’on employait dans le culte de Cybèle, chez les grecs et les romains, pour accompagner en musique les danses sacrées vouées à la Déesse.
Il se formait comme un grand charivari hypnotique rythmé par les flûtes aigres et le son strident des crotales. Dans ces danses syncopées régnait comme un climat d’extase s’accompagnant de scènes hystériques orgiaques n’excluant pas l’émasculation, les mutilations et le meurtre.
De nos jours, on ne rend plus grâce à Cybèle, la Grand Mère Nourricière, mais on utilise toujours les crotales dans la musique traditionnelle marocaine.
Les confréries Gnaoua
C’était au temps où Essaouira n’était pas encore Mogador la portugaise. Depuis l’époque des phéniciens, au VIIe siècle avant J.-C., convergeaient vers le comptoir commercial les riches routes du Sud venant de Tombouctou. Les méharées charriaient l’or du Congo, les pierres précieuses du Kivu, et les esclaves des savanes du Soudan et du golfe de Guinée.
Encore maintenant à Essaouira des familles se nomment El Soudani ou El Guinea. Leurs membres ont toujours le teint sombre. Leurs ancêtres sont venus esclaves pour cultiver la canne à sucre. Les Soudani et les Guinea sont aujourd’hui à la base des confréries Gnaoua et ils pratiquent leurs rites et leur musique où l’influence de l’Afrique Noire est encore sensible et présente.
Les transes du Lila
Le Lila est une cérémonie rituelle Gnaoua. Elle ressemble fort au Vaudou traditionnel des Caraïbes ou du Brésil. Ce n’est pas étonnant car Lila et Vaudou ont les mêmes origines africaines dans les cultes animistes. La traite négrière a répandu ces rituels de possession dans l’Amérique esclavagiste et au Nord du Sahara
La cérémonie dure 15 bonnes heures et est dirigée par la Moqadma, la maîtresse du rite. Elle officie parmi l’assistance battant des mains en rythme autour d’elle. Une étrange mélopée s’élève.
La Moqadma profère ses incantations
dans un sabir mêlant arabe et langues africaines.
Rapidement elle entre en transes et invoque des divinités africaines déguisées sous le nom de Saints Soufis musulmans ; de même qu’au Brésil les orishas traditionnels du Vaudou sont affublés du nom de la Vierge et des Saints Chrétiens.
Les têtes s’agitent en larges mouvements circulaires envoûtants. Elles sont coiffées de bonnets ornés de cauris, les traditionnels coquillages divinatoires du golfe du Bénin.
Des musiciens jouent du guembri, instrument à 3 cordes sur un corps percussif, du tambour et des crotales stridents.
C’est la même musique que l’on entend aux terrasses des restaurants du port que fréquentèrent à l’époque hippie Jimi Hendrix et Brian Jones. Ensuite, c’est un peu des rythmes magiques de la musique Gnaoua que l’on retrouva dans leurs compositions.
Les Festivals de musique Gnaoua à Essaouira
Avril : Festival de la Confrérie des Regraga
Fin Juin : Festival de Musique Gnaoua
(Ce festival attire des centaines de milliers de participants et fête sa 10e édition)
(Il faut noter aussi en Novembre le Festival des Andalousies Atlantiques : Ce festival de Musiques Arabo-Andalouses est à la confluence des cultures traditionnelles arabe, juive et espagnole).
Magasins de Musique : A Essaouira, Musiques du Monde, Avenue de l’Istiqlal au centre de la Médina. (Dans cette rue beaucoup de petits magasins de CD et de cassettes aussi)
Parmi les interprètes de musique Gnaoua, noter le groupe algérien Gnawa Diffusion mené par Amazigh Kateb.
Il faut savoir que Amazigh est le nom que les berbères donnent à leur peuple. Tout simplement il signifie en langue berbère : « les hommes »
Instruments de Musique : A Essaouira, Africa, rue Malek-Malek-Ben-El-Morahhal
On y trouve les instruments traditionnels de la musique Gnaoua : tambours, guembris et crotales.
Le Musée Sidi Mohammed Ben Abdallah, derb La’Louj présente une petite collection d’instruments de musique traditionnels.
CD de musique Gnaoua :
Gnawa Home Songs : Accords Croisés/Harmonia Mundi
Nass El Ghiwane : Chants Gnawa du Maroc, Buda Musique/Gnawa Diffusion
Cheb I Sabbah: La Kahena, 6 Degrees/Universal Music
Carnet de Route :
Informations générales sur le Maroc : www.tourisme-marocain.com